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Avoir 5 ans, à nouveau – Parler

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© Julien Sneck

Tu cherches un moyen de remonter le temps, de retrouver ta jeunesse perdue derrière un ordinateur ou dans les trop longues heures de métro ? C’est possible… (Ouh, là, j’ai ferré le lecteur). Attention, on garde le cheveu blanc et la fesse ramollie. (Hop, le lecteur est reparti sur google).

En réalité, ce n’est pas ta jeunesse que tu retrouves, mais ton enfance. Et uniquement du point de vue de tes capacités intellectuelles et de ton autonomie. Cette cure de jouvence incroyable, qui te laisse dans ton corps décati mais avec le cerveau d’un morveux, n’est autre que…ton premier mois d’une expatriation. Chouette, hein ?!!

Il faut réapprendre à parler

Quand tu pars vivre à l’étranger, en général, tu es amené-e à parler une autre langue. Au début, tel le petit enfant aux joues roses qui émerveille par sa naïveté, tu t’exprimes avec la profondeur conceptuelle d’une huître. Le manque de vocabulaire te contraint la plupart du temps à abandonner ta phrase à mi-chemin, le visage tordu par l’effort. Ou à tenir des propos d’une imprécision telle qu’ils sont complétement dépourvus d’intérêt.

Ton interlocuteur, qui remarque plus le résultat déplorable que l’effort fourni, sourit gentiment et saisit la première occasion d’aller « chercher quelque chose à boire » c’est-à-dire de s’enfuir sans retour!!!!!! Tu te retrouves frustré-e de devoir garder pour toi ton opinion profonde et documentée sur l’état du monde en général ou sur la Phénoménologie de l’Esprit en particulier. Et ça te frappe : ce mec doit penser que tu es un-e parfait-e idiot-e. Merde, toi qui te pensais super smart.

Sois poli-e, ne parle pas politique

Ben ouais, va falloir s’y habituer : tant que tu feras principalement des phrases composées d’un sujet, d’un verbe et d’un complément, mieux vaut éviter de parler de politique. La pauvreté de vocabulaire et par conséquent de nuance ferait passer le plus centriste d’entre nous pour un nazi (j’ai testé pour vous sur le sujet de l’immigration en France, je me suis moi-même trouvé un air de ressemblance avec Jean-Marie Le Pen). La politique, c’est pas de ton âge !

Il te faudra aussi réapprendre la politesse. La plupart du temps concentrés sur le fait de transmettre correctement l’information, on en oublie de mettre de l’huile dans les rouages. Adieu les « bonjour », « s’il vous plait », « serait-il possible de ».  Ca fait des phrases trop longues pour que ton cerveau transmette toutes les informations à ta langue sans qu’un bug se produise.

Du coup, tu t’accroches à ton kit de survie, tu réduis tes échanges au strict minimum ce qui te rend, de l’extérieur (car à l’intérieur tu es un nounours en sucre d’orge dégoulinant d’amour), aimable comme une porte de prison.

Ça va bien se passer !

Mais je te rassure, jeune expatrié-e, ça ne dure pas. Le cerveau a une plasticité merveilleuse et tu vas apprendre, t’imbiber comme une éponge du bain linguistique dans lequel tu trempes (mais non, c’est pas dégueu comme image). Et telle la chrysalide qui se transforme en papillon, tu vas t’épanouir, retrouver de l’agilité linguistique et intellectuelle. Un beau jour, tu te lèves et tu marches tu vas au boulot.Tu t’exprimes avec grâce, facilité. Tu convaincs tes collègues qui te redécouvrent tant tu es clair-e et percutant-e. Le miracle a eu lieu.

Et surtout n’oublie jamais, jeune Frenchy : ton accent est ta plus grande force. Dans la plupart des pays du monde, l’accent français est un véritable atout de séduction. Il nous confère un charme certain auprès de l’autochtone, gavé dès son plus jeune âge de clichés, navrants certes mais (au diable l’honneteté intellectuelle) bien pratiques dans notre situation d’expats. Cet écran de fumée peut faire oublier bien des maladresses, et ce dès le premier jour sur le terrain !

A la guerre, comme à la guerre, il faudra tirer parti du fantasme qu’inspire la France…et s’armer de patience à ton tour, lorsque les gens insisteront pour partager avec toi leurs 3 mots de Français : « J’adowe Parisssss! », « Oulala! », « je-ne-sais-quoi ».

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