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Se perdre. S’aventurer. Se trouver.

ART05_04 (1)©Julien Sneck

Dans la tourmente d’un déménagement à l’étranger, tu perds le familier, la simplicité, l’automatisme. Quand tu suis ta moitié, tu perds aussi souvent ton sens dans la bataille. Ta carrière, ta place au sein de ta famille, de ton groupe d’amis… La page blanche. C’est excitant, effrayant et à l’occasion douloureux. Mais la situation recèle également une opportunité rare, celle de se réécrire. Lorsque l’on a fait dérailler sa vie, il n’y a plus de direction impossible: la liberté est complète, les possibles infinis.

 

Dérailler sa vie

La majeure partie de ton existence, tu creuses ton sillon, tu cherches à tirer les fruits de tes investissements. Tu fais des réformes, rarement des révolutions. L’expatriation est par définition une tornade dans ta vie. Tu plaques tout pour recommencer ailleurs. Exit le confort, la routine. Bonjour l’aventure au coin de la rue.

Le saut est fait. Il est d’autant plus franc qu’en tant que Gentil-le Suiveur-euse, tu n’as pas de branche à laquelle te raccrocher à l’arrivée. Cette malédiction est également une opportunité que l’on rencontre rarement au cours de sa vie : celle de se redéfinir.

Pas besoin de faire péter le cadre : il a soudainement disparu. Rien à perdre, littéralement. Il n’y a que du bénéfice dans cette quête qui s’offre à toi. C’est se trouver ou n’être rien. Autant être joueur!

 

Aimer le macramé

Alors tu te lances dans n’importe quoi : la course, le yoga bikram, la photo, la dance bollywood, la philo, la voile, bref tout ce qui te passe sous la main. Tu expérimentes, tu goûtes, tu tâtonnes, tu t’essaies. L’important, c’est d’avoir une activité, qui te tire de chez toi de manière régulière, t’occupe et si possible te passionne suffisamment pour te distraire de tes frustrations.

Le sport est le premier exutoire, le plus naturel, le plus accessible. Mens sanens in corpore sano : l’exercice physique garantit le maintien de ta santé mentale. Alors tu cours, tu nages, tu pédales. Tu transpires dans des salles chauffées à plus de 40 degrés, dans la posture du chien tête en bas. OOOOOOOOOOOOOOmmmmmm.

Tu reprends ta guitare abandonnée dans un coin 10 ans plus tôt. Tu vas toutes les semaines à ton cours, religieusement. Tu fais tes exercices, passes des après-midi avec ton pote de classe à gratouiller. A 33 ans, tu sais enfin jouer Nirvana…

Tu souhaites également socialiser avec d’autres êtres humains. Alors tu te rends à des meetups, rassemblements d’étrangers perdus et plus ou moins handicapés par leur usage de la langue du pays d’adoption. Les expériences sont plus ou moins bonnes, riches. Tu te retrouves parfois au pot d’une église évangéliste au prosélytisme pas si subtilement dissimulé et tu te dis « Oulah, il faut vraiment que je commence à lire les annonces de plus près « …

Avant que tu n’aies le temps de t’en rendre compte, tu as créé un blog (deux, en fait), tu travailles bénévolement, tu suis deux cours par semaine, et tu fais quatre séances de sport. Tu as rempli ton agenda à en frôler le burnout. Good job : te voilà chômeur-se busy, mimant la frénésie de tes confrères actifs!

 

Moi…moi…Je!

Et puis tu te prends au jeu de ces activités, prétextes à une existence hors des murs de ton appartement. Tu te passionnes pour la photo, tu redécouvres tes émois de jeunesse pour la musique. Ecrire te ravit, dessiner te comble. Les distractions deviennent  des passions.

Tu te découvres une âme d’artiste/de bricolo/d’athlète. Tu te surprends même à être plus doué-e que prévu. Le chaos de tes expérimentations finit par prendre une forme. Un boulot, une vocation se profilent.

Tu te redécouvres. Tu te découvres.

 

 

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