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Expat : la vie de rêve, tome 2

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Quand tu pars vivre ailleurs, tu as le sentiment (réel ou imaginaire) que les gens qui ne sont pas passés par là ne comprennent RIEN à ton quotidien (tu peux pas comprendre). Ils sont à côté de la plaque, inaptes à se projeter dans les drâaames que tu rencontres et qui méritent pourtant d’être pris très au sérieux ! Que s’est-il donc passé ? Pour répondre à cette question, un détour par l’exploration de notre nature humaine s’impose.

NYC,  c’est géniaaaaaaaaaaaaaal !

Il n’est pas rare que tu passes pour un demi Dieu quand, de passage en France, tu révèles ton lieu de résidence à un quidam rencontré dans une soirée : «  Et toi t’habites où ? (NDL : c’est la question- cousine de « Et toi, tu fais quoi dans la vie ? ») – New York. – Non ! Tu déconnes, j’adore cette ville !! J’ai toujours rêvé d’y habiter. Blablablablablabla….».

Bon. 10 minutes de gloire pour 1 an et demie de galère, ce n’est pas cher payé, alors tu acceptes avec reconnaissance cet enthousiasme sympathique et naïf. De toute façon, tu ne peux pas décemment lui faire un récit honnête de ton parcours du combattant. La dissonance cognitive serait trop grande, ça pourrait créer un court-circuit fatal 😉

Le fantasme de l’expat

Car, jetlagueur-se, sache-le, tu mets des étoiles dans les yeux de tes amis et de ta famille restés au pays. En prenant ton passeport et ta valise, Jacqueline/Maurice, tu t’es transformé-e en Indiana Jones. Tu vends du rêve.

Car l’expatrié est l’aventurier moderne. Dans les pays riches, l’expatriation, c’est la nouvelle frontière (pourquoi aller sur la lune quand tu peux aller aux States, pas vrai 😉 ).

On a tous fantasmé de partir vivre à l’étranger du fond de notre canapé. Rares sont les gens qu’on a entendu dire : « Non, l’étranger, ça me tente pas, tu vois. L’aventure est au coin du RER, pas besoin de quitter l’Ile de France. » Et quand bien même ces gens existeraient, et bien ils se cachent. Parce que ça fait petit kiki.

Vis ma vie d’expat

Maintenant que nous avons scientifiquement établi que tu fais rêver dans les chaumières, cherchons à comprendre les implications de cette prémisse.

Eh bien, il y a une attente sociale de complète satisfaction à ton égard. Normal. En bons humains que nous sommes, ce que nous valorisons au-delà de tout, nous supputons qu’il s’agit également d’un motif de vénération chez les autres. Tu vis mon rêve DONC tu es heureux. CQFD.

Alors, oui, oui on sait, tu rencontres des difficultés administratives, la perte de repère, nia nia nia. Mais en vrai, on s’en fout. Voilà, je te le dis. Si on est honnêtes, ce que l’on souhaite tous (expatriés d’autres pays inclus), c’est vivre ton aventure par procuration. C’est-à-dire les bons côtés, on s’entend. On veut de la jolie photo Facebook. Du selfie devant les pyramides, des photos de ton tajine (oui, tu es Indiana Jones dans Les Aventuriers de l’arche perdue, on est donc en Egypte), et de ta rando en dromadaire (à moins que ça soit en chameau) dans le désert.

Expatriation, pas vacances !

Mais ce n’est pas tout. Quand le cerveau humain entend « Brésil », « Thaïlande », « Afrique du sud », et autres noms exotiques, des choses étranges se passent. Une immense carte postale se dessine dans nos esprits. Du coup, on pense vacances infinies, congés à tout jamais, corps nus sur la plage.

Sauf que oui mais non. Parce qu’en vacances tu remets rarement en question ta place dans la société, ton avenir, ton mode de vie en général. T’es au fond d‘un mojito, au bord d’une plage, dans un musée. Tu décroches, tu explores. C’est la légèreté, la simplicité, l’instant. Pas le chamboulement existentiel, tu vois.

Morceaux choisis de phrases dites ou entendues

Attends! T’as un super appart, de quoi tu te plains ? (… Quoi ? )

Moi, je tuerais pour avoir du temps. C’est un luxe. (Ah ah ! Au moins quand tu es au chômage en France, les gens t’épargnent ce type de remarques.)

Ca doit être super de vivre à l’étranger. Tu vas pas te plaindre quand même, hein ?! (Après cette invitation pleine de compréhension…)

La cousine de la femme de ménage de ma collègue a reçu un permis de travail en 3 semaines en rédigeant un courrier de demande sur une feuille volante. Tu devrais faire comme elle. (Mais comment se fait-il qu’on ne l’ait pas fait … Ah oui, c’est parce que c’est IMPOSSIBLE. )

Bonus pour vous Mesdames :

T’as qu’à aller faire du shopping avec la carte de ton mec. (Girl Power !)

Pourquoi tu ne fais pas un gosse ? Ça t’occupera. (Nous vous laissons savourer)

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Expat : la vie de rêve, tome 1

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Il y a un motif d’incompréhension fondamental avec tes connaissances restées au pays : là où ils te voient siroter un cocktail au bord d’une piscine, ou le cigare entre les dents dans une limousine plaquée or ; toi, tu te vois, surtout les premiers temps, monter l’Everest chaque jour et redescendre cerné-e et fourbu-e. Entre les « pas-partis-es » et toi, petit-e Jetlaggé-e, y a de la friture sur la ligne. Alors pourquoi ??????

 

Nouveau système, nouvelle galère !

Si globalement, s’expatrier, c’est une chouette expérience, ce n’est pas toujours un chemin pavé de roses. La première chose qui te choque, c’est qu’il faut que tu réapprennes une bureaucratie. La tienne, elle est mal foutue, pas performante et absurde à ses heures perdues mais tu t’y étais habitué-e à coups d’engueulades téléphoniques, de courriers recommandés et de coups de pouce de tatie Jeanine qui travaille aux impôts.

Là, d’un coup, tu débarques dans un autre système auto-référent, hermétique et hostile, comme il se doit dans toute administration qui se respecte. Vous avez rempli le formulaire I-140 qui donne droit de remplir le I-559? Vous avez un copay ? Votre assurance, c’est une PPO ? Euh…Qu’est-ce qu’elle dit, la dame ? En fait,  si tout se passe bien, tu devrais te retrouver dans le plus gros foutoir administratif que la terre puisse porter. Que la force soit avec toi !

 

Citoyen de strapontin

Pas de droit de vote, difficultés à obtenir un titre de séjour, interdiction de travailler… la liste des petites ou grandes privations de droit est sans fin et tu réalises petit à petit que tu es un citoyen de seconde zone. Bien sûr, il y a une immigration dorée, une fuite des cerveaux. Mais tout n’est pas rose non plus pour les heureux-ses élus-es. Souvent enchainés-es à un employeur par des visas contraignants, ils/elles n’ont ni la liberté de chercher un nouveau poste,  ni le levier que cette liberté procure : celle de négocier (conditions de travail, salaires ou projets).

Ok, c’est pas Sangatte, on n’est pas opprimés-es non plus mais ça a quand même un arrière-goût des années 50 parfois. Pour les moitiés de ces brillants individus, par exemple : les permis de travail se font attendre pendant des années, certaines professions s’exportent mal et c’est parfois l’occasion d’une sortie définitive du circuit professionnel. Si tu n’as pas l’âme de la femme au foyer, l’aventure tourne vite à l’enterrement de première classe.  Alors pour survivre, tu te lances dans l’hybridation improbable du kale et du maïs ou dans l’écriture d’un blog, au hasard, histoire de te faire entendre, nom de Dieu !

 

Sir, yes, sir !

La conséquence de ton statut d’immigré, de citoyen sur un strapontin, c’est que tu es au garde-à-vous. Tu regardes par-dessus ton épaule, tu traverses bien dans les passages cloutés, tu ne télécharges pas illégalement : en somme, tu deviens le citoyen modèle que tu n’as jamais été dans ton pays. Tu marches bien dans le rang parce que la moindre erreur pourrait saloper à jamais ta demande de statut de résident ou tout simplement t’amener tout droit dans le prochain avion en partance pour ton pays d’origine.

Tu rases les murs quand tu croises un uniforme et tu pries pour que le monsieur ne soit pas pour un cow-boy allergique aux Français. Le passage à la frontière devient une de ces « no-joke zones ».  Enfin, de ton côté du comptoir. L’officier, quant à lui, a un pouvoir discrétionnaire concernant ton entrée sur le territoire. S’il le décide, même avec un visa en règle, tu remontes dans l’avion sans passer par la case départ et  sans toucher les 20 000 euros. Donc quand il te dit : « – Where do you live ? – New York. – No. You work here. You don’t live here. Where is home ? ». Tu ne te lances pas dans un débat philosophique avec lui. Tu respires par le ventre. Tu manges un Bouddha  et réponds poliment  : « Oui, Monsieur. Bien sûr, Monsieur ». Puis tu t’en vas, en lui souhaitant que les sept plaies d’Egypte s’abattent sur lui MAIS… en silence !

 


Bizarreries d’ici – L’intimité

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©Julien Sneck

Cette semaine Jetlag rentre de vacances. Bronzés et rechargés, nous  inaugurons une nouvelle rubrique : les « bizarerries d’ici ». Nous vous proposons de parler des rencontres insolites du quotidien, ces détails qui nous perturbent parce qu’ils ne sont pas comme à la maison.  Ils révèlent souvent énormément sur la manière dont nous percevons les choses dans notre hexagone natal et combien d’autres perspectives sont possibles.

Attention, tout est permis : cette rubrique commentera les pommeaux de douches, comme le rapport au luxe aux Etats-Unis, ou en tout cas à New York. Les différences culturelles affleurent dans les petites choses comme dans les grandes. Et pour un démarrage en fanfare, parlons un peu de l’intimité dans les lieux d’aisance, autrement baptisés les toilettes.

Welcome to the bathroom

Prenons le temps de décrire l’agencement du lieu. Dans les lieux publics (au travail, au restaurant, chez le médecin par exemple),  les toilettes sont tous construits de la même manière, c’est-à-dire comme nos toilettes d’aéroport. Dans une grande pièce sont posées des cloisons qui cachent les corps du mollet au sommet du crâne. Isolation phonique inexistante. Le moindre bruit intestinal, son de sécrétion touchant l’eau traverse la pièce à la vitesse de la lumière. On apprécie donc à loisir la qualité du système digestif de son/sa voisin-ne comme la puissance de son jet.

Ajoutons que les cloisons de chaque cabine offrent un jour d’une dizaine de centimètres entre le battant de la porte et son cadre. Non seulement on s’entend, mais on se voit.

Les Américains semblent pourtant s’y sentir tout à fait l’aise. Il n’est pas rare de trouver quelqu’un au téléphone, affairé sur le trône, discutant au téléphone avec Maman ou un collègue. Des chasses sont tirées,  des braguettes fermées, des besoins naturels satisfaits pendant que Madame/Monsieur règle les affaires courantes de son département. Etrange.


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