Archives de Tag: Expat

Expat : la vie de rêve, tome 2

art08_ill03_cr

Quand tu pars vivre ailleurs, tu as le sentiment (réel ou imaginaire) que les gens qui ne sont pas passés par là ne comprennent RIEN à ton quotidien (tu peux pas comprendre). Ils sont à côté de la plaque, inaptes à se projeter dans les drâaames que tu rencontres et qui méritent pourtant d’être pris très au sérieux ! Que s’est-il donc passé ? Pour répondre à cette question, un détour par l’exploration de notre nature humaine s’impose.

NYC,  c’est géniaaaaaaaaaaaaaal !

Il n’est pas rare que tu passes pour un demi Dieu quand, de passage en France, tu révèles ton lieu de résidence à un quidam rencontré dans une soirée : «  Et toi t’habites où ? (NDL : c’est la question- cousine de « Et toi, tu fais quoi dans la vie ? ») – New York. – Non ! Tu déconnes, j’adore cette ville !! J’ai toujours rêvé d’y habiter. Blablablablablabla….».

Bon. 10 minutes de gloire pour 1 an et demie de galère, ce n’est pas cher payé, alors tu acceptes avec reconnaissance cet enthousiasme sympathique et naïf. De toute façon, tu ne peux pas décemment lui faire un récit honnête de ton parcours du combattant. La dissonance cognitive serait trop grande, ça pourrait créer un court-circuit fatal 😉

Le fantasme de l’expat

Car, jetlagueur-se, sache-le, tu mets des étoiles dans les yeux de tes amis et de ta famille restés au pays. En prenant ton passeport et ta valise, Jacqueline/Maurice, tu t’es transformé-e en Indiana Jones. Tu vends du rêve.

Car l’expatrié est l’aventurier moderne. Dans les pays riches, l’expatriation, c’est la nouvelle frontière (pourquoi aller sur la lune quand tu peux aller aux States, pas vrai 😉 ).

On a tous fantasmé de partir vivre à l’étranger du fond de notre canapé. Rares sont les gens qu’on a entendu dire : « Non, l’étranger, ça me tente pas, tu vois. L’aventure est au coin du RER, pas besoin de quitter l’Ile de France. » Et quand bien même ces gens existeraient, et bien ils se cachent. Parce que ça fait petit kiki.

Vis ma vie d’expat

Maintenant que nous avons scientifiquement établi que tu fais rêver dans les chaumières, cherchons à comprendre les implications de cette prémisse.

Eh bien, il y a une attente sociale de complète satisfaction à ton égard. Normal. En bons humains que nous sommes, ce que nous valorisons au-delà de tout, nous supputons qu’il s’agit également d’un motif de vénération chez les autres. Tu vis mon rêve DONC tu es heureux. CQFD.

Alors, oui, oui on sait, tu rencontres des difficultés administratives, la perte de repère, nia nia nia. Mais en vrai, on s’en fout. Voilà, je te le dis. Si on est honnêtes, ce que l’on souhaite tous (expatriés d’autres pays inclus), c’est vivre ton aventure par procuration. C’est-à-dire les bons côtés, on s’entend. On veut de la jolie photo Facebook. Du selfie devant les pyramides, des photos de ton tajine (oui, tu es Indiana Jones dans Les Aventuriers de l’arche perdue, on est donc en Egypte), et de ta rando en dromadaire (à moins que ça soit en chameau) dans le désert.

Expatriation, pas vacances !

Mais ce n’est pas tout. Quand le cerveau humain entend « Brésil », « Thaïlande », « Afrique du sud », et autres noms exotiques, des choses étranges se passent. Une immense carte postale se dessine dans nos esprits. Du coup, on pense vacances infinies, congés à tout jamais, corps nus sur la plage.

Sauf que oui mais non. Parce qu’en vacances tu remets rarement en question ta place dans la société, ton avenir, ton mode de vie en général. T’es au fond d‘un mojito, au bord d’une plage, dans un musée. Tu décroches, tu explores. C’est la légèreté, la simplicité, l’instant. Pas le chamboulement existentiel, tu vois.

Morceaux choisis de phrases dites ou entendues

Attends! T’as un super appart, de quoi tu te plains ? (… Quoi ? )

Moi, je tuerais pour avoir du temps. C’est un luxe. (Ah ah ! Au moins quand tu es au chômage en France, les gens t’épargnent ce type de remarques.)

Ca doit être super de vivre à l’étranger. Tu vas pas te plaindre quand même, hein ?! (Après cette invitation pleine de compréhension…)

La cousine de la femme de ménage de ma collègue a reçu un permis de travail en 3 semaines en rédigeant un courrier de demande sur une feuille volante. Tu devrais faire comme elle. (Mais comment se fait-il qu’on ne l’ait pas fait … Ah oui, c’est parce que c’est IMPOSSIBLE. )

Bonus pour vous Mesdames :

T’as qu’à aller faire du shopping avec la carte de ton mec. (Girl Power !)

Pourquoi tu ne fais pas un gosse ? Ça t’occupera. (Nous vous laissons savourer)

Publicités

Expat : la vie de rêve, tome 1

art07-1-c

Il y a un motif d’incompréhension fondamental avec tes connaissances restées au pays : là où ils te voient siroter un cocktail au bord d’une piscine, ou le cigare entre les dents dans une limousine plaquée or ; toi, tu te vois, surtout les premiers temps, monter l’Everest chaque jour et redescendre cerné-e et fourbu-e. Entre les « pas-partis-es » et toi, petit-e Jetlaggé-e, y a de la friture sur la ligne. Alors pourquoi ??????

 

Nouveau système, nouvelle galère !

Si globalement, s’expatrier, c’est une chouette expérience, ce n’est pas toujours un chemin pavé de roses. La première chose qui te choque, c’est qu’il faut que tu réapprennes une bureaucratie. La tienne, elle est mal foutue, pas performante et absurde à ses heures perdues mais tu t’y étais habitué-e à coups d’engueulades téléphoniques, de courriers recommandés et de coups de pouce de tatie Jeanine qui travaille aux impôts.

Là, d’un coup, tu débarques dans un autre système auto-référent, hermétique et hostile, comme il se doit dans toute administration qui se respecte. Vous avez rempli le formulaire I-140 qui donne droit de remplir le I-559? Vous avez un copay ? Votre assurance, c’est une PPO ? Euh…Qu’est-ce qu’elle dit, la dame ? En fait,  si tout se passe bien, tu devrais te retrouver dans le plus gros foutoir administratif que la terre puisse porter. Que la force soit avec toi !

 

Citoyen de strapontin

Pas de droit de vote, difficultés à obtenir un titre de séjour, interdiction de travailler… la liste des petites ou grandes privations de droit est sans fin et tu réalises petit à petit que tu es un citoyen de seconde zone. Bien sûr, il y a une immigration dorée, une fuite des cerveaux. Mais tout n’est pas rose non plus pour les heureux-ses élus-es. Souvent enchainés-es à un employeur par des visas contraignants, ils/elles n’ont ni la liberté de chercher un nouveau poste,  ni le levier que cette liberté procure : celle de négocier (conditions de travail, salaires ou projets).

Ok, c’est pas Sangatte, on n’est pas opprimés-es non plus mais ça a quand même un arrière-goût des années 50 parfois. Pour les moitiés de ces brillants individus, par exemple : les permis de travail se font attendre pendant des années, certaines professions s’exportent mal et c’est parfois l’occasion d’une sortie définitive du circuit professionnel. Si tu n’as pas l’âme de la femme au foyer, l’aventure tourne vite à l’enterrement de première classe.  Alors pour survivre, tu te lances dans l’hybridation improbable du kale et du maïs ou dans l’écriture d’un blog, au hasard, histoire de te faire entendre, nom de Dieu !

 

Sir, yes, sir !

La conséquence de ton statut d’immigré, de citoyen sur un strapontin, c’est que tu es au garde-à-vous. Tu regardes par-dessus ton épaule, tu traverses bien dans les passages cloutés, tu ne télécharges pas illégalement : en somme, tu deviens le citoyen modèle que tu n’as jamais été dans ton pays. Tu marches bien dans le rang parce que la moindre erreur pourrait saloper à jamais ta demande de statut de résident ou tout simplement t’amener tout droit dans le prochain avion en partance pour ton pays d’origine.

Tu rases les murs quand tu croises un uniforme et tu pries pour que le monsieur ne soit pas pour un cow-boy allergique aux Français. Le passage à la frontière devient une de ces « no-joke zones ».  Enfin, de ton côté du comptoir. L’officier, quant à lui, a un pouvoir discrétionnaire concernant ton entrée sur le territoire. S’il le décide, même avec un visa en règle, tu remontes dans l’avion sans passer par la case départ et  sans toucher les 20 000 euros. Donc quand il te dit : « – Where do you live ? – New York. – No. You work here. You don’t live here. Where is home ? ». Tu ne te lances pas dans un débat philosophique avec lui. Tu respires par le ventre. Tu manges un Bouddha  et réponds poliment  : « Oui, Monsieur. Bien sûr, Monsieur ». Puis tu t’en vas, en lui souhaitant que les sept plaies d’Egypte s’abattent sur lui MAIS… en silence !

 


Bizarreries d’ici – L’intimité

Art06_02

©Julien Sneck

Cette semaine Jetlag rentre de vacances. Bronzés et rechargés, nous  inaugurons une nouvelle rubrique : les « bizarerries d’ici ». Nous vous proposons de parler des rencontres insolites du quotidien, ces détails qui nous perturbent parce qu’ils ne sont pas comme à la maison.  Ils révèlent souvent énormément sur la manière dont nous percevons les choses dans notre hexagone natal et combien d’autres perspectives sont possibles.

Attention, tout est permis : cette rubrique commentera les pommeaux de douches, comme le rapport au luxe aux Etats-Unis, ou en tout cas à New York. Les différences culturelles affleurent dans les petites choses comme dans les grandes. Et pour un démarrage en fanfare, parlons un peu de l’intimité dans les lieux d’aisance, autrement baptisés les toilettes.

Welcome to the bathroom

Prenons le temps de décrire l’agencement du lieu. Dans les lieux publics (au travail, au restaurant, chez le médecin par exemple),  les toilettes sont tous construits de la même manière, c’est-à-dire comme nos toilettes d’aéroport. Dans une grande pièce sont posées des cloisons qui cachent les corps du mollet au sommet du crâne. Isolation phonique inexistante. Le moindre bruit intestinal, son de sécrétion touchant l’eau traverse la pièce à la vitesse de la lumière. On apprécie donc à loisir la qualité du système digestif de son/sa voisin-ne comme la puissance de son jet.

Ajoutons que les cloisons de chaque cabine offrent un jour d’une dizaine de centimètres entre le battant de la porte et son cadre. Non seulement on s’entend, mais on se voit.

Les Américains semblent pourtant s’y sentir tout à fait l’aise. Il n’est pas rare de trouver quelqu’un au téléphone, affairé sur le trône, discutant au téléphone avec Maman ou un collègue. Des chasses sont tirées,  des braguettes fermées, des besoins naturels satisfaits pendant que Madame/Monsieur règle les affaires courantes de son département. Etrange.


Se perdre. S’aventurer. Se trouver.

ART05_04 (1)©Julien Sneck

Dans la tourmente d’un déménagement à l’étranger, tu perds le familier, la simplicité, l’automatisme. Quand tu suis ta moitié, tu perds aussi souvent ton sens dans la bataille. Ta carrière, ta place au sein de ta famille, de ton groupe d’amis… La page blanche. C’est excitant, effrayant et à l’occasion douloureux. Mais la situation recèle également une opportunité rare, celle de se réécrire. Lorsque l’on a fait dérailler sa vie, il n’y a plus de direction impossible: la liberté est complète, les possibles infinis.

 

Dérailler sa vie

La majeure partie de ton existence, tu creuses ton sillon, tu cherches à tirer les fruits de tes investissements. Tu fais des réformes, rarement des révolutions. L’expatriation est par définition une tornade dans ta vie. Tu plaques tout pour recommencer ailleurs. Exit le confort, la routine. Bonjour l’aventure au coin de la rue.

Le saut est fait. Il est d’autant plus franc qu’en tant que Gentil-le Suiveur-euse, tu n’as pas de branche à laquelle te raccrocher à l’arrivée. Cette malédiction est également une opportunité que l’on rencontre rarement au cours de sa vie : celle de se redéfinir.

Pas besoin de faire péter le cadre : il a soudainement disparu. Rien à perdre, littéralement. Il n’y a que du bénéfice dans cette quête qui s’offre à toi. C’est se trouver ou n’être rien. Autant être joueur!

 

Aimer le macramé

Alors tu te lances dans n’importe quoi : la course, le yoga bikram, la photo, la dance bollywood, la philo, la voile, bref tout ce qui te passe sous la main. Tu expérimentes, tu goûtes, tu tâtonnes, tu t’essaies. L’important, c’est d’avoir une activité, qui te tire de chez toi de manière régulière, t’occupe et si possible te passionne suffisamment pour te distraire de tes frustrations.

Le sport est le premier exutoire, le plus naturel, le plus accessible. Mens sanens in corpore sano : l’exercice physique garantit le maintien de ta santé mentale. Alors tu cours, tu nages, tu pédales. Tu transpires dans des salles chauffées à plus de 40 degrés, dans la posture du chien tête en bas. OOOOOOOOOOOOOOmmmmmm.

Tu reprends ta guitare abandonnée dans un coin 10 ans plus tôt. Tu vas toutes les semaines à ton cours, religieusement. Tu fais tes exercices, passes des après-midi avec ton pote de classe à gratouiller. A 33 ans, tu sais enfin jouer Nirvana…

Tu souhaites également socialiser avec d’autres êtres humains. Alors tu te rends à des meetups, rassemblements d’étrangers perdus et plus ou moins handicapés par leur usage de la langue du pays d’adoption. Les expériences sont plus ou moins bonnes, riches. Tu te retrouves parfois au pot d’une église évangéliste au prosélytisme pas si subtilement dissimulé et tu te dis « Oulah, il faut vraiment que je commence à lire les annonces de plus près « …

Avant que tu n’aies le temps de t’en rendre compte, tu as créé un blog (deux, en fait), tu travailles bénévolement, tu suis deux cours par semaine, et tu fais quatre séances de sport. Tu as rempli ton agenda à en frôler le burnout. Good job : te voilà chômeur-se busy, mimant la frénésie de tes confrères actifs!

 

Moi…moi…Je!

Et puis tu te prends au jeu de ces activités, prétextes à une existence hors des murs de ton appartement. Tu te passionnes pour la photo, tu redécouvres tes émois de jeunesse pour la musique. Ecrire te ravit, dessiner te comble. Les distractions deviennent  des passions.

Tu te découvres une âme d’artiste/de bricolo/d’athlète. Tu te surprends même à être plus doué-e que prévu. Le chaos de tes expérimentations finit par prendre une forme. Un boulot, une vocation se profilent.

Tu te redécouvres. Tu te découvres.

 

 


Consommer, c’est compliqué

art04_essai01bis©Julien Sneck

J+ 4 jours après impact dans ton nouvel écosystème. Alors que tu déballes tes cartons, tu réalises l’urgente nécessité de renouveler ta panoplie du bricolo, la moitié de la vaisselle (déménagement international=casse), bref le matériel nécessaire à ta survie. Une question te foudroie alors : «  Comment ça s’appelle ici M. Bricolage/Conforama ? ».

 

Où sont les marques ?

Victimes plus ou moins consentantes de la publicité depuis notre plus jeune âge, nous évoluons dans un monde de marques. Comme tout un chacun, tu as associé avec l’évidence du naturel un grand nombre de biens de consommation à des marques. La liste serait sans fin, mais prenons tout de même quelques exemples : couches = Pampers ; pate = Panzani ; chicorée = Ricorée ; chewing-gum = Hollywood.  Naïvement, tu t’attends à les retrouver de l’autre côté de la frontière… (Sourire de compassion et de supériorité de l’auteur). Eh bien non, que nenni, point du tout.

Les marques se positionnent en réalité différemment d’un marché à un autre, prenant le créneau laissé libre par la concurrence, s’adaptant aux us et coutumes de chaque pays. C’est ainsi que quand tu t’expatries, ton univers de consommateur est profondément  bouleversé. Mercredi !

Tu n’avais pas anticipé. Tu es pris de cours, tu es tout perdu…la première fois que tu tombes sur un rice cooker Black & Decker, que dans ta grande ignorance, tu avais réduit à la vente de ponceuses, perceuses et autres décolleuses de tapisserie. Le jour où tu emménages dans un appartement dont la cuisine est ENTIEREMENT composée d’électroménager Frigidaire. Contrairement à ce que la langue française a pu te faire croire, Frigidaire ne produit pas uniquement des frigos mais la panoplie complète de la ménagère : fours, mirco-ondes, lave-vaisselles (et que sais-je encore). On t’a menti !

En contrepartie, tu découvres une myriade de marques inconnues aux identités graphiques « confusantes ». Wells Fargo, avec ses bureaux rouges et jaunes, suscite en toi, jeune Européen, une irrépressible envie de manger un burger ou de partir à la découverte du Far West (logo en forme de diligence). Un bloc marque « déceptif » donc, diront les pubards, puisque Wells Fargo est en réalité une banque!

Tu pourras également chercher longtemps une pharmacie avant que l’on t’indique gentiment un CVS ou un Duane Reade, indétectables pour ton œil inexpérimenté de Français fraîchement importé. Ces magasins n’affichent pas de croix clignotante mais une simple enseigne à l’effigie de la marque. Rouge pour CVS, parfois blanc parfois noir pour Duane Reade. Comme pour te mettre à l’épreuve, JAMAIS la couleur verte n’est utilisée. Tu y trouveras également des cigarettes et des chips. Normal.

 

On ne trouve rien dans ce magasin

Parce qu’il faut bien remplir ce frigo Frigidaire, tu ne tardes pas à visiter le supermarché du quartier. Jusque-là, ça va, consommer, tu sais faire. Oui, mais… Il y a toutes sortes d’exotismes retors qui peuvent compliquer ce plaisir simple.

Signalons d’abord que tu vas passer quelques mois à arpenter les rayons, smartphone en main, en consultant frénétiquement ton dictionnaire bilingue (application Word Reference indispensable!) pour pouvoir déchiffrer les ingrédients de cette soupe ou tout simplement demander où sont les feuilles de laurier. Ça tombe sous le sens, mais on te le rappelle juste FYI*.

Vigilance ensuite quant aux produits dont tu te saisis par automatisme dans les rayons. Dans les premiers temps, tes réflexes ne sont pas fiables. Dans ta vie d’avant, chez toi, là où tout est normal, tu as associé des couleurs, des matières et des formes à certains articles. Le packaging étant culture-dépendant, tu devras désapprendre certaines connexions neuronales. Si en France, « brique orange= jus d’orange »  et « brique blanche=lait » ; ici, « brique orange=lait ». Bon, c’est perturbant au début mais c’est une histoire de pratique. Ça rentre avec le temps.

Ainsi, le beurre dans un emballage bleu et orange n’est pas un beurre Tchernobyl, comme tes codes culturels te poussent à le penser mais un beurre bio hors de prix, de vache élevée en plein air dans une ferme autogérée et décroissante. Si. Je sais, ça te laisse sans le souffle.

 

Et maintenant, on passe à la caisse

Le prix affiché ne comprend pas les taxes aux Etats-Unis, donc tu ne paies JAMAIS le montant inscrit sur l’étiquette. Astuce perverse qui te donne l’illusion dérisoire de payer moins cher ! Comme par ailleurs, tu es atteint d’a-calculite, tu ne sais tout simplement pas combien coûte ce que tu achètes. Brillant !

Mais ce n’est pas tout. Quand vient le moment de passer à la caisse,  conditionné-e par des années de pratique, tu sors ta carte et tu cherches à l’insérer. Nan, nan, nan, nan ! Ici, on glisse les cartes. Tu passes un peu pour un-e con-ne amateur mais tu restes digne.

La machine te demande si ce sera « Debit  or credit ». Euh…quoi ? Ben, c’est une carte (« de crédit »), alors tu tapes crédit. Mauvaise réponse. Le paiement échoue, tu recommences tout du début. Tu es ravi-e. La caissière aussi…

Tu valides enfin le montant. La machine demande alors (oui, elle est un peu exigeante en termes d’information) : « Cash back ?». Quoi ça ?! Tu réponds non, c’est plus sûr. Et sinon, tu ne veux pas donner aux enfants atteints de maladie orpheline dégénérative incurable? Tu t’enfuis.

Tu vois, des années durant, tu as rechigné devant la corvée hebdomadaire des courses, ignorant que tu étais de  la dimension socio-culturelle de cette expérience. Maintenant, tu sais qu’aller à Auchan alias Wallmart te titille les neurones et la compétence sociale d’adaptation plus qu’il n’y parait : ça vaut bien une étude anthropologique!

 

* FYI: Pour ton information.


Avoir 5 ans à nouveau – Se déplacer

ARTICLE03 (1)

© Julien Sneck

Partir au bout du monde, c’est une expérience excitante au quotidien au début car RIEN n’est familier. Par conséquent TOUT est à apprendre. Et ça commence dès que tu passes le pas de la porte.

 

Partir à l’aventure de la jungle urbaine

Imaginons que tu sois à NewYork (au hasard).

Tu es rempli-e de l’excitation de la découverte qui s’annonce. Tu as toute une terra incognita à découvrir, elle est là, elle s’offre à toi. Y a plus qu’à.

Comme tout bon scientifique qui se respecte, tu t’appuies sur un support logistique de pointe pour couvrir un plus grand territoire d’exploration, j’ai nommé…le métro.

New York a cette particularité d’avoir un système de transport hostile à l’usager. Rien n’est simple, intuitif ou simplement clairement bien indiqué et prendre le métro les premiers temps peut s’avérer être une aventure périlleuse.

 

Et la galère commence…

Premier danger : s’engouffrer dans la première bouche de métro sans investigation poussée. Ta légèreté est instantanément sanctionnée : dans cette bouche de métro, on n’accède qu’aux métros qui vont Uptown (vers le Nord). Il faut ressortir pour trouver la bonne entrée qui t’emmènera Downtown (vers le Sud).

Enfin sur le bon quai, tu montes dans le premier train qui arrive. Aïe. C’est sans compter la seconde règle du métro de New York : sur un même quai passent plusieurs lignes, des express et des locals (même si en réalité, ils ont parfois également des terminus différents). Tu es dans un express : c’est rapé pour descendre dans 2 stations, prochain arrêt le Bronx. Chouette: tu n’ avais pas encore eu l’occasion de visiter le coin (au secours) !

A ce stade, tu regrettes Paris, la RATP et son métro. Simple, efficace. Hors jours de grève, y a des choses qu’on fait bien en France.

 

La signalétique

Lorsque tu te trouves confronté-e à une signalétique déficiente, tu découvres soudainement, que c’est un métier de créer un trafic fluide de passagers.

Dans le métro newyorkais, les panneaux surchargés cherchent à transmettre une quantité d’information démesurée dans une langue laconique et mystérieuse… et, par conséquent, échouent lamentablement dans leur mission.

Les annonces de travaux, fermetures de ligne se font par ailleurs sur des papiers volants A4* collés sur des poteaux avec du scotch. Tu apprendras à prêter attention à ces documents qui évoquent plus l’avis de recherche pour chat écrasé égaré que la communication officielle du premier réseau de transports publics au monde.

 

Parlons travaux

Comme tu es un animal adaptable, tu comprends vite le système. Mais le système te réserve toujours des surprises…

Pour cause de travaux de réhabilitation, la ligne A emprunte les rails de la ligne 6. Du coup, pas la peine de regarder sur la carte quel sera le prochain arrêt, hein. Ce sera une surprise !

Le conducteur de cet engin démoniaque, qui décidément cherche à te causer du tort, tient les passagers informés par des annonces régulières. Enfin, c’est la version officielle de l’histoire. En réalité, la qualité des hauts-parleurs  laissant à désirer, tu as l’impression que Dark Vador essaie de rentrer en communication avec toi : «  Shrrrrrrrrrriiiiiiiilocal track shrriii five train shritransfer at shrii brrrrr Stand clear from the closing doors, please ». Bon, là, pas la peine de se tourner vers les Américains, eux aussi perplexes quant au contenu du message. Y a qu’à attendre la prochaine station pour valider ton hypothèse de trajectoire.

 

Les fleurs de pavé

Heureusement, le subway newyorkais a quelques perles à offrir. Perdu-e dans ses couloirs, tu croiseras Jay Z en promo, tu tomberas sur cette chanteuse d’opéra venue partager son art avec les usagers des transports en commun. Dans les limbes d’un wagon anonyme, tu seras submergé-e par le grain de folie de deux saxophonistes qui mettent le feu à ta rame sans prévenir ta routine qu’on va la déranger.  Ou tu te trouveras debout sur un siège, simplement terrorisé-e par ce rat mutant monté dans ton wagon par erreur!

Finalement tu développes une réelle compétence dans la gestion des contraintes des transports en commun (express/local, dowtown/uptown, travaux, panneaux dégueulasses et autres pièges jetés sur ton passage). De temps à autre, un trou noir surgit,  aspire ton train et le recrache dans une station inattendue. Tu le prends avec philosophie : l’aventure continue !

*Format US Letter en réalité, car les Etats-Unis aiment bien se démarquer quand il s’agit d’unité de mesure. On aura l’occasion d’en reparler.


Avoir 5 ans, à nouveau – Parler

Art02_B&W_BandeV_fondBlanc_MecVesteRouge

© Julien Sneck

Tu cherches un moyen de remonter le temps, de retrouver ta jeunesse perdue derrière un ordinateur ou dans les trop longues heures de métro ? C’est possible… (Ouh, là, j’ai ferré le lecteur). Attention, on garde le cheveu blanc et la fesse ramollie. (Hop, le lecteur est reparti sur google).

En réalité, ce n’est pas ta jeunesse que tu retrouves, mais ton enfance. Et uniquement du point de vue de tes capacités intellectuelles et de ton autonomie. Cette cure de jouvence incroyable, qui te laisse dans ton corps décati mais avec le cerveau d’un morveux, n’est autre que…ton premier mois d’une expatriation. Chouette, hein ?!!

Il faut réapprendre à parler

Quand tu pars vivre à l’étranger, en général, tu es amené-e à parler une autre langue. Au début, tel le petit enfant aux joues roses qui émerveille par sa naïveté, tu t’exprimes avec la profondeur conceptuelle d’une huître. Le manque de vocabulaire te contraint la plupart du temps à abandonner ta phrase à mi-chemin, le visage tordu par l’effort. Ou à tenir des propos d’une imprécision telle qu’ils sont complétement dépourvus d’intérêt.

Ton interlocuteur, qui remarque plus le résultat déplorable que l’effort fourni, sourit gentiment et saisit la première occasion d’aller « chercher quelque chose à boire » c’est-à-dire de s’enfuir sans retour!!!!!! Tu te retrouves frustré-e de devoir garder pour toi ton opinion profonde et documentée sur l’état du monde en général ou sur la Phénoménologie de l’Esprit en particulier. Et ça te frappe : ce mec doit penser que tu es un-e parfait-e idiot-e. Merde, toi qui te pensais super smart.

Sois poli-e, ne parle pas politique

Ben ouais, va falloir s’y habituer : tant que tu feras principalement des phrases composées d’un sujet, d’un verbe et d’un complément, mieux vaut éviter de parler de politique. La pauvreté de vocabulaire et par conséquent de nuance ferait passer le plus centriste d’entre nous pour un nazi (j’ai testé pour vous sur le sujet de l’immigration en France, je me suis moi-même trouvé un air de ressemblance avec Jean-Marie Le Pen). La politique, c’est pas de ton âge !

Il te faudra aussi réapprendre la politesse. La plupart du temps concentrés sur le fait de transmettre correctement l’information, on en oublie de mettre de l’huile dans les rouages. Adieu les « bonjour », « s’il vous plait », « serait-il possible de ».  Ca fait des phrases trop longues pour que ton cerveau transmette toutes les informations à ta langue sans qu’un bug se produise.

Du coup, tu t’accroches à ton kit de survie, tu réduis tes échanges au strict minimum ce qui te rend, de l’extérieur (car à l’intérieur tu es un nounours en sucre d’orge dégoulinant d’amour), aimable comme une porte de prison.

Ça va bien se passer !

Mais je te rassure, jeune expatrié-e, ça ne dure pas. Le cerveau a une plasticité merveilleuse et tu vas apprendre, t’imbiber comme une éponge du bain linguistique dans lequel tu trempes (mais non, c’est pas dégueu comme image). Et telle la chrysalide qui se transforme en papillon, tu vas t’épanouir, retrouver de l’agilité linguistique et intellectuelle. Un beau jour, tu te lèves et tu marches tu vas au boulot.Tu t’exprimes avec grâce, facilité. Tu convaincs tes collègues qui te redécouvrent tant tu es clair-e et percutant-e. Le miracle a eu lieu.

Et surtout n’oublie jamais, jeune Frenchy : ton accent est ta plus grande force. Dans la plupart des pays du monde, l’accent français est un véritable atout de séduction. Il nous confère un charme certain auprès de l’autochtone, gavé dès son plus jeune âge de clichés, navrants certes mais (au diable l’honneteté intellectuelle) bien pratiques dans notre situation d’expats. Cet écran de fumée peut faire oublier bien des maladresses, et ce dès le premier jour sur le terrain !

A la guerre, comme à la guerre, il faudra tirer parti du fantasme qu’inspire la France…et s’armer de patience à ton tour, lorsque les gens insisteront pour partager avec toi leurs 3 mots de Français : « J’adowe Parisssss! », « Oulala! », « je-ne-sais-quoi ».


%d blogueurs aiment cette page :