Consommer, c’est compliqué

art04_essai01bis©Julien Sneck

J+ 4 jours après impact dans ton nouvel écosystème. Alors que tu déballes tes cartons, tu réalises l’urgente nécessité de renouveler ta panoplie du bricolo, la moitié de la vaisselle (déménagement international=casse), bref le matériel nécessaire à ta survie. Une question te foudroie alors : «  Comment ça s’appelle ici M. Bricolage/Conforama ? ».

 

Où sont les marques ?

Victimes plus ou moins consentantes de la publicité depuis notre plus jeune âge, nous évoluons dans un monde de marques. Comme tout un chacun, tu as associé avec l’évidence du naturel un grand nombre de biens de consommation à des marques. La liste serait sans fin, mais prenons tout de même quelques exemples : couches = Pampers ; pate = Panzani ; chicorée = Ricorée ; chewing-gum = Hollywood.  Naïvement, tu t’attends à les retrouver de l’autre côté de la frontière… (Sourire de compassion et de supériorité de l’auteur). Eh bien non, que nenni, point du tout.

Les marques se positionnent en réalité différemment d’un marché à un autre, prenant le créneau laissé libre par la concurrence, s’adaptant aux us et coutumes de chaque pays. C’est ainsi que quand tu t’expatries, ton univers de consommateur est profondément  bouleversé. Mercredi !

Tu n’avais pas anticipé. Tu es pris de cours, tu es tout perdu…la première fois que tu tombes sur un rice cooker Black & Decker, que dans ta grande ignorance, tu avais réduit à la vente de ponceuses, perceuses et autres décolleuses de tapisserie. Le jour où tu emménages dans un appartement dont la cuisine est ENTIEREMENT composée d’électroménager Frigidaire. Contrairement à ce que la langue française a pu te faire croire, Frigidaire ne produit pas uniquement des frigos mais la panoplie complète de la ménagère : fours, mirco-ondes, lave-vaisselles (et que sais-je encore). On t’a menti !

En contrepartie, tu découvres une myriade de marques inconnues aux identités graphiques « confusantes ». Wells Fargo, avec ses bureaux rouges et jaunes, suscite en toi, jeune Européen, une irrépressible envie de manger un burger ou de partir à la découverte du Far West (logo en forme de diligence). Un bloc marque « déceptif » donc, diront les pubards, puisque Wells Fargo est en réalité une banque!

Tu pourras également chercher longtemps une pharmacie avant que l’on t’indique gentiment un CVS ou un Duane Reade, indétectables pour ton œil inexpérimenté de Français fraîchement importé. Ces magasins n’affichent pas de croix clignotante mais une simple enseigne à l’effigie de la marque. Rouge pour CVS, parfois blanc parfois noir pour Duane Reade. Comme pour te mettre à l’épreuve, JAMAIS la couleur verte n’est utilisée. Tu y trouveras également des cigarettes et des chips. Normal.

 

On ne trouve rien dans ce magasin

Parce qu’il faut bien remplir ce frigo Frigidaire, tu ne tardes pas à visiter le supermarché du quartier. Jusque-là, ça va, consommer, tu sais faire. Oui, mais… Il y a toutes sortes d’exotismes retors qui peuvent compliquer ce plaisir simple.

Signalons d’abord que tu vas passer quelques mois à arpenter les rayons, smartphone en main, en consultant frénétiquement ton dictionnaire bilingue (application Word Reference indispensable!) pour pouvoir déchiffrer les ingrédients de cette soupe ou tout simplement demander où sont les feuilles de laurier. Ça tombe sous le sens, mais on te le rappelle juste FYI*.

Vigilance ensuite quant aux produits dont tu te saisis par automatisme dans les rayons. Dans les premiers temps, tes réflexes ne sont pas fiables. Dans ta vie d’avant, chez toi, là où tout est normal, tu as associé des couleurs, des matières et des formes à certains articles. Le packaging étant culture-dépendant, tu devras désapprendre certaines connexions neuronales. Si en France, « brique orange= jus d’orange »  et « brique blanche=lait » ; ici, « brique orange=lait ». Bon, c’est perturbant au début mais c’est une histoire de pratique. Ça rentre avec le temps.

Ainsi, le beurre dans un emballage bleu et orange n’est pas un beurre Tchernobyl, comme tes codes culturels te poussent à le penser mais un beurre bio hors de prix, de vache élevée en plein air dans une ferme autogérée et décroissante. Si. Je sais, ça te laisse sans le souffle.

 

Et maintenant, on passe à la caisse

Le prix affiché ne comprend pas les taxes aux Etats-Unis, donc tu ne paies JAMAIS le montant inscrit sur l’étiquette. Astuce perverse qui te donne l’illusion dérisoire de payer moins cher ! Comme par ailleurs, tu es atteint d’a-calculite, tu ne sais tout simplement pas combien coûte ce que tu achètes. Brillant !

Mais ce n’est pas tout. Quand vient le moment de passer à la caisse,  conditionné-e par des années de pratique, tu sors ta carte et tu cherches à l’insérer. Nan, nan, nan, nan ! Ici, on glisse les cartes. Tu passes un peu pour un-e con-ne amateur mais tu restes digne.

La machine te demande si ce sera « Debit  or credit ». Euh…quoi ? Ben, c’est une carte (« de crédit »), alors tu tapes crédit. Mauvaise réponse. Le paiement échoue, tu recommences tout du début. Tu es ravi-e. La caissière aussi…

Tu valides enfin le montant. La machine demande alors (oui, elle est un peu exigeante en termes d’information) : « Cash back ?». Quoi ça ?! Tu réponds non, c’est plus sûr. Et sinon, tu ne veux pas donner aux enfants atteints de maladie orpheline dégénérative incurable? Tu t’enfuis.

Tu vois, des années durant, tu as rechigné devant la corvée hebdomadaire des courses, ignorant que tu étais de  la dimension socio-culturelle de cette expérience. Maintenant, tu sais qu’aller à Auchan alias Wallmart te titille les neurones et la compétence sociale d’adaptation plus qu’il n’y parait : ça vaut bien une étude anthropologique!

 

* FYI: Pour ton information.

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Avoir 5 ans à nouveau – Se déplacer

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© Julien Sneck

Partir au bout du monde, c’est une expérience excitante au quotidien au début car RIEN n’est familier. Par conséquent TOUT est à apprendre. Et ça commence dès que tu passes le pas de la porte.

 

Partir à l’aventure de la jungle urbaine

Imaginons que tu sois à NewYork (au hasard).

Tu es rempli-e de l’excitation de la découverte qui s’annonce. Tu as toute une terra incognita à découvrir, elle est là, elle s’offre à toi. Y a plus qu’à.

Comme tout bon scientifique qui se respecte, tu t’appuies sur un support logistique de pointe pour couvrir un plus grand territoire d’exploration, j’ai nommé…le métro.

New York a cette particularité d’avoir un système de transport hostile à l’usager. Rien n’est simple, intuitif ou simplement clairement bien indiqué et prendre le métro les premiers temps peut s’avérer être une aventure périlleuse.

 

Et la galère commence…

Premier danger : s’engouffrer dans la première bouche de métro sans investigation poussée. Ta légèreté est instantanément sanctionnée : dans cette bouche de métro, on n’accède qu’aux métros qui vont Uptown (vers le Nord). Il faut ressortir pour trouver la bonne entrée qui t’emmènera Downtown (vers le Sud).

Enfin sur le bon quai, tu montes dans le premier train qui arrive. Aïe. C’est sans compter la seconde règle du métro de New York : sur un même quai passent plusieurs lignes, des express et des locals (même si en réalité, ils ont parfois également des terminus différents). Tu es dans un express : c’est rapé pour descendre dans 2 stations, prochain arrêt le Bronx. Chouette: tu n’ avais pas encore eu l’occasion de visiter le coin (au secours) !

A ce stade, tu regrettes Paris, la RATP et son métro. Simple, efficace. Hors jours de grève, y a des choses qu’on fait bien en France.

 

La signalétique

Lorsque tu te trouves confronté-e à une signalétique déficiente, tu découvres soudainement, que c’est un métier de créer un trafic fluide de passagers.

Dans le métro newyorkais, les panneaux surchargés cherchent à transmettre une quantité d’information démesurée dans une langue laconique et mystérieuse… et, par conséquent, échouent lamentablement dans leur mission.

Les annonces de travaux, fermetures de ligne se font par ailleurs sur des papiers volants A4* collés sur des poteaux avec du scotch. Tu apprendras à prêter attention à ces documents qui évoquent plus l’avis de recherche pour chat écrasé égaré que la communication officielle du premier réseau de transports publics au monde.

 

Parlons travaux

Comme tu es un animal adaptable, tu comprends vite le système. Mais le système te réserve toujours des surprises…

Pour cause de travaux de réhabilitation, la ligne A emprunte les rails de la ligne 6. Du coup, pas la peine de regarder sur la carte quel sera le prochain arrêt, hein. Ce sera une surprise !

Le conducteur de cet engin démoniaque, qui décidément cherche à te causer du tort, tient les passagers informés par des annonces régulières. Enfin, c’est la version officielle de l’histoire. En réalité, la qualité des hauts-parleurs  laissant à désirer, tu as l’impression que Dark Vador essaie de rentrer en communication avec toi : «  Shrrrrrrrrrriiiiiiiilocal track shrriii five train shritransfer at shrii brrrrr Stand clear from the closing doors, please ». Bon, là, pas la peine de se tourner vers les Américains, eux aussi perplexes quant au contenu du message. Y a qu’à attendre la prochaine station pour valider ton hypothèse de trajectoire.

 

Les fleurs de pavé

Heureusement, le subway newyorkais a quelques perles à offrir. Perdu-e dans ses couloirs, tu croiseras Jay Z en promo, tu tomberas sur cette chanteuse d’opéra venue partager son art avec les usagers des transports en commun. Dans les limbes d’un wagon anonyme, tu seras submergé-e par le grain de folie de deux saxophonistes qui mettent le feu à ta rame sans prévenir ta routine qu’on va la déranger.  Ou tu te trouveras debout sur un siège, simplement terrorisé-e par ce rat mutant monté dans ton wagon par erreur!

Finalement tu développes une réelle compétence dans la gestion des contraintes des transports en commun (express/local, dowtown/uptown, travaux, panneaux dégueulasses et autres pièges jetés sur ton passage). De temps à autre, un trou noir surgit,  aspire ton train et le recrache dans une station inattendue. Tu le prends avec philosophie : l’aventure continue !

*Format US Letter en réalité, car les Etats-Unis aiment bien se démarquer quand il s’agit d’unité de mesure. On aura l’occasion d’en reparler.


Happy :D

Hier, nous vous avons présenté notre création et vous êtes venus des quatre coins du monde. Pour sa première sortie mondaine, Jetlag a reçu 300 visiteurs uniques venus de 24 pays différents. Cet enfant est déjà excessivement sociable !

Merci donc à tous les Jetlagers. On est heureux, fiers, touchés par vos commentaires.

Restez dans le coin : un nouvel article est en préparation. Pas vrai, Julien?! Il est fini ce dessin!? Bah oui, on est obligés de l’attendre parce que c’est lui donne toute la poésie.

A la semaine prochaine pour un nouvel article!


Avoir 5 ans, à nouveau – Parler

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© Julien Sneck

Tu cherches un moyen de remonter le temps, de retrouver ta jeunesse perdue derrière un ordinateur ou dans les trop longues heures de métro ? C’est possible… (Ouh, là, j’ai ferré le lecteur). Attention, on garde le cheveu blanc et la fesse ramollie. (Hop, le lecteur est reparti sur google).

En réalité, ce n’est pas ta jeunesse que tu retrouves, mais ton enfance. Et uniquement du point de vue de tes capacités intellectuelles et de ton autonomie. Cette cure de jouvence incroyable, qui te laisse dans ton corps décati mais avec le cerveau d’un morveux, n’est autre que…ton premier mois d’une expatriation. Chouette, hein ?!!

Il faut réapprendre à parler

Quand tu pars vivre à l’étranger, en général, tu es amené-e à parler une autre langue. Au début, tel le petit enfant aux joues roses qui émerveille par sa naïveté, tu t’exprimes avec la profondeur conceptuelle d’une huître. Le manque de vocabulaire te contraint la plupart du temps à abandonner ta phrase à mi-chemin, le visage tordu par l’effort. Ou à tenir des propos d’une imprécision telle qu’ils sont complétement dépourvus d’intérêt.

Ton interlocuteur, qui remarque plus le résultat déplorable que l’effort fourni, sourit gentiment et saisit la première occasion d’aller « chercher quelque chose à boire » c’est-à-dire de s’enfuir sans retour!!!!!! Tu te retrouves frustré-e de devoir garder pour toi ton opinion profonde et documentée sur l’état du monde en général ou sur la Phénoménologie de l’Esprit en particulier. Et ça te frappe : ce mec doit penser que tu es un-e parfait-e idiot-e. Merde, toi qui te pensais super smart.

Sois poli-e, ne parle pas politique

Ben ouais, va falloir s’y habituer : tant que tu feras principalement des phrases composées d’un sujet, d’un verbe et d’un complément, mieux vaut éviter de parler de politique. La pauvreté de vocabulaire et par conséquent de nuance ferait passer le plus centriste d’entre nous pour un nazi (j’ai testé pour vous sur le sujet de l’immigration en France, je me suis moi-même trouvé un air de ressemblance avec Jean-Marie Le Pen). La politique, c’est pas de ton âge !

Il te faudra aussi réapprendre la politesse. La plupart du temps concentrés sur le fait de transmettre correctement l’information, on en oublie de mettre de l’huile dans les rouages. Adieu les « bonjour », « s’il vous plait », « serait-il possible de ».  Ca fait des phrases trop longues pour que ton cerveau transmette toutes les informations à ta langue sans qu’un bug se produise.

Du coup, tu t’accroches à ton kit de survie, tu réduis tes échanges au strict minimum ce qui te rend, de l’extérieur (car à l’intérieur tu es un nounours en sucre d’orge dégoulinant d’amour), aimable comme une porte de prison.

Ça va bien se passer !

Mais je te rassure, jeune expatrié-e, ça ne dure pas. Le cerveau a une plasticité merveilleuse et tu vas apprendre, t’imbiber comme une éponge du bain linguistique dans lequel tu trempes (mais non, c’est pas dégueu comme image). Et telle la chrysalide qui se transforme en papillon, tu vas t’épanouir, retrouver de l’agilité linguistique et intellectuelle. Un beau jour, tu te lèves et tu marches tu vas au boulot.Tu t’exprimes avec grâce, facilité. Tu convaincs tes collègues qui te redécouvrent tant tu es clair-e et percutant-e. Le miracle a eu lieu.

Et surtout n’oublie jamais, jeune Frenchy : ton accent est ta plus grande force. Dans la plupart des pays du monde, l’accent français est un véritable atout de séduction. Il nous confère un charme certain auprès de l’autochtone, gavé dès son plus jeune âge de clichés, navrants certes mais (au diable l’honneteté intellectuelle) bien pratiques dans notre situation d’expats. Cet écran de fumée peut faire oublier bien des maladresses, et ce dès le premier jour sur le terrain !

A la guerre, comme à la guerre, il faudra tirer parti du fantasme qu’inspire la France…et s’armer de patience à ton tour, lorsque les gens insisteront pour partager avec toi leurs 3 mots de Français : « J’adowe Parisssss! », « Oulala! », « je-ne-sais-quoi ».


J’accompagne Monsieur !*

* Si tu accompagnes « Madame », cet article te concerne aussi. 😉

ART01_colonnefille© Julien Sneck

Alors voilà ! Tu as fait tes valises, pris ton billet d’avion et tu es parti-e. Tu as suivi ta moitié dans ses aventures exotiques et vous vous êtes exportés. Mais quand le premier jour, il/elle est parti-e accomplir glorieusement la tâche pour laquelle vous avez traversé l’océan, tu es resté-e à la maison.

Tout-e  seul-e…

L’arrivée

C’est le début des ennuis. C’est le début d’une aventure douce-amère. Parce que toi, personne ne t’attend. Pas d’entreprise, pas d’amis, pas de famille pour t’entourer. Et un agenda immaculé, pure de toutes obligations. Le vide est vertigineux.

Et passée l’excitation de la nouveauté, passée la lune de miel de la découverte…quand tu réalises qu’ici c’est chez toi maintenant, pas une destination de voyage, et qu’il faut construire une nouvelle vie depuis les fondations…Tu es à la fois écrasé-e par la tâche, perdu-e, émerveillé-e à chaque « baby step » effectué. Tu es un gros shaker émotionnel.

Ton-a conjoint-e est dépassé-e par les événements : nouveau poste, nouvel environnement, nouveaux collègues, nouvelle langue. Les premières semaines, il/elle cherche à survivre à chaque journée passée dans un brouillard épais, tente de dissimuler tant bien que mal son incompréhension totale des discussions et évite soigneusement de répondre au téléphone. Il/elle rentre le soir avec un mal de crâne digne d’un début de tumeur cérébrale. Et ce, pour les 2 ou 3 premiers mois.

Les premiers mois, tu regardes passer les trains

Ton arrivée est moins violente. Plus vide aussi. Plus lente. Comme ton intégration. Moins d’interaction avec ton nouveau pays et ses habitants.

Tu ne participes pas pleinement à l’aventure. Tu n’es pas intégré-e dans la vraie vie, celle des grands avec un costume et un blackberry. Tu joues à la femme de ménage (overrated comme jeu), à l’étudiant sur le retour, au sportif, au dilettante…Mais pas à l’adulte qui travaille ! Le matin, tu vois la ville s’agiter au loin, les fourmis se rendre à la fourmilière. Toi, cigale, tu prends ta guitare et tu révises tes accords.

D’ailleurs, on ne te prend pas trop au sérieux. Quand ton mec/ta nana est chercheur-se en maths, toi tu es…ben tu ne  sais pas trop justement en ce moment. Avant tu avais un job qui te donnait une réponse rassurante et simple à cette foutue question : « Et toi, tu fais quoi ? ».

Pour peu que tu tires ta faible confiance en toi de tes faits de gloire au travail, te voilà foutu-e ! Déprimé-e, honteux-se, et pas toujours compris-e par ton entourage en extase devant ta nouvelle ville (NYC/Tatahouine-les-bains, c’est géniââââââl !!!).

Refaire sa vie, c’est chouette !

Pourtant, on n’a pas tous les jours l’occasion de recommencer sa vie. Et s’expatrier, c’est tout recommencer : vie sociale, vie pro, et souvent aussi modes de vie, sport, hobbies. C’est une occasion unique de tout changer : tout est possible.

Tu as déjà tout plaqué, alors pourquoi tu ne te commencerais pas une carrière artistique de haut niveau dans la poterie maintenant ? Tu en avais envie, maintenant, plus rien ne t’en empêche (rappelle-toi : l’agenda est vide, très vide). A Paris, tu regardais gonfler ta brioche, maintenant tu fais du sport 4 fois par semaines minimum (ça occupe).

C’est grisant de prendre une nouvelle direction (même celle de la poterie).  C’est chouette de regarder derrière soi et se dire : « Un an auparavant, on m’aurait dit que je serais ici (NYC) et que je ferais ça (potier-ére bodybuildé-e), je ne l’aurais pas cru un seul instant».

Mais tout ça requiert une énergie incroyable. Tous les matins, le réveil sonne, ton mec/ta nana se barre au travail et … voilà, voilà !  Tu dois faire appel à ton imagination pour occuper tout ce temps libre et solitaire. Au fil du temps, tu deviens bon à ce jeu là. Tu expérimentes tout (rien à perdre) et tu te découvres même, au détour d’un embranchement emprunté par hasard, des talents insoupçonnés, qui attendaient qu’on les bouscule.

Le miel et le fiel

Finalement, c’est une immense série de montagnes russes dans laquelle tu t’es embarqué-e. Une alternance frénétique et imprévisible de moments de grâce et de doute.

Certains jours, tu te demandes ce que tu fais là. A être personne, socialement, professionnellement. Tu te rappelles même avec nostalgie ton taf d’avant (faut vraiment avoir la mémoire courte !).

Et puis, tu rejoins ton/ta pote de galère pour une ballade, la lumière qui baigne le paysage, le spectacle hétéroclite de la rue, les gens incroyables que tu rencontres, tout s’agence dans une harmonie parfaite et tu te dis : « J’ai une chance extraordinaire. J’ai jamais été heureux-se comme ça jusqu’ici ». Tous tes efforts semblent être récompensés, tous tes sacrifices oubliés. Tu vis, plus intensément.


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