Expat : la vie de rêve, tome 1

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Il y a un motif d’incompréhension fondamental avec tes connaissances restées au pays : là où ils te voient siroter un cocktail au bord d’une piscine, ou le cigare entre les dents dans une limousine plaquée or ; toi, tu te vois, surtout les premiers temps, monter l’Everest chaque jour et redescendre cerné-e et fourbu-e. Entre les « pas-partis-es » et toi, petit-e Jetlaggé-e, y a de la friture sur la ligne. Alors pourquoi ??????

 

Nouveau système, nouvelle galère !

Si globalement, s’expatrier, c’est une chouette expérience, ce n’est pas toujours un chemin pavé de roses. La première chose qui te choque, c’est qu’il faut que tu réapprennes une bureaucratie. La tienne, elle est mal foutue, pas performante et absurde à ses heures perdues mais tu t’y étais habitué-e à coups d’engueulades téléphoniques, de courriers recommandés et de coups de pouce de tatie Jeanine qui travaille aux impôts.

Là, d’un coup, tu débarques dans un autre système auto-référent, hermétique et hostile, comme il se doit dans toute administration qui se respecte. Vous avez rempli le formulaire I-140 qui donne droit de remplir le I-559? Vous avez un copay ? Votre assurance, c’est une PPO ? Euh…Qu’est-ce qu’elle dit, la dame ? En fait,  si tout se passe bien, tu devrais te retrouver dans le plus gros foutoir administratif que la terre puisse porter. Que la force soit avec toi !

 

Citoyen de strapontin

Pas de droit de vote, difficultés à obtenir un titre de séjour, interdiction de travailler… la liste des petites ou grandes privations de droit est sans fin et tu réalises petit à petit que tu es un citoyen de seconde zone. Bien sûr, il y a une immigration dorée, une fuite des cerveaux. Mais tout n’est pas rose non plus pour les heureux-ses élus-es. Souvent enchainés-es à un employeur par des visas contraignants, ils/elles n’ont ni la liberté de chercher un nouveau poste,  ni le levier que cette liberté procure : celle de négocier (conditions de travail, salaires ou projets).

Ok, c’est pas Sangatte, on n’est pas opprimés-es non plus mais ça a quand même un arrière-goût des années 50 parfois. Pour les moitiés de ces brillants individus, par exemple : les permis de travail se font attendre pendant des années, certaines professions s’exportent mal et c’est parfois l’occasion d’une sortie définitive du circuit professionnel. Si tu n’as pas l’âme de la femme au foyer, l’aventure tourne vite à l’enterrement de première classe.  Alors pour survivre, tu te lances dans l’hybridation improbable du kale et du maïs ou dans l’écriture d’un blog, au hasard, histoire de te faire entendre, nom de Dieu !

 

Sir, yes, sir !

La conséquence de ton statut d’immigré, de citoyen sur un strapontin, c’est que tu es au garde-à-vous. Tu regardes par-dessus ton épaule, tu traverses bien dans les passages cloutés, tu ne télécharges pas illégalement : en somme, tu deviens le citoyen modèle que tu n’as jamais été dans ton pays. Tu marches bien dans le rang parce que la moindre erreur pourrait saloper à jamais ta demande de statut de résident ou tout simplement t’amener tout droit dans le prochain avion en partance pour ton pays d’origine.

Tu rases les murs quand tu croises un uniforme et tu pries pour que le monsieur ne soit pas pour un cow-boy allergique aux Français. Le passage à la frontière devient une de ces « no-joke zones ».  Enfin, de ton côté du comptoir. L’officier, quant à lui, a un pouvoir discrétionnaire concernant ton entrée sur le territoire. S’il le décide, même avec un visa en règle, tu remontes dans l’avion sans passer par la case départ et  sans toucher les 20 000 euros. Donc quand il te dit : « – Where do you live ? – New York. – No. You work here. You don’t live here. Where is home ? ». Tu ne te lances pas dans un débat philosophique avec lui. Tu respires par le ventre. Tu manges un Bouddha  et réponds poliment  : « Oui, Monsieur. Bien sûr, Monsieur ». Puis tu t’en vas, en lui souhaitant que les sept plaies d’Egypte s’abattent sur lui MAIS… en silence !

 

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À propos de jetlagandcomplications

Anna écrit. Julien dessine. Dans la vraie vie, ils ont des « vrais » métiers. Mais en ce moment, ce n’est pas vraiment la « vraie » vie. En ce moment, Anna et Julien sont expats. Ou plutôt conjoints d’expats. Ils ont suivi leurs brillantes moitiés qui se sont vues offrir de belles perspectives de carrière à l’étranger. Julien a suivi son chéri et Anna le sien. Et eux ? Ben, bof. Perdus dans le dédale administratif, ils attendent d’avoir le droit de travailler. Voilà 1 an qu’ils attendent, 1 an de rêveries, de découvertes, de hauts et de bas. Aujourd’hui, ils investissent leur surplus d’énergie (et un peu de leurs frustrations aussi) dans ce blog et partagent avec vous leur « merveilleuse » expérience de la vie à l’étranger! Voir tous les articles par jetlagandcomplications

5 responses to “Expat : la vie de rêve, tome 1

  • Mai

    Bonjour,
    J’ai adoré votre article et il m’a rappelé plein de souvenirs. C’est cela la vie d’un immigré!
    Bonne continuation.

    Aimé par 1 personne

  • Pedro

    « Souvent enchainés-es à un employeur par des visas contraignants, ils/elles n’ont ni la liberté de chercher un nouveau poste, ni le levier que cette liberté procure : celle de négocier (conditions de travail, salaires ou projets). »

    C’est exactement ce que je suis en train de vivre, Enchaîné à une entreprise horrible car je souhaite obtenir la résidence. Et comme elle est en process, bah tune peux que juste prier que le calvaire se termine…

    Ce sont des moments dur de ta vie car tu dois te forcer à sourire et montrer à tes boss que tu es heureux dans leur entreprise pour qu’ils te soutiennent dans tes démarches.

    Horrible, vivement que je l’ai cette stupide résidence:!

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  • jetlagandcomplications

    Accroches-toi, Pedro! C’est pas rigolo mais imagine le plaisir que tu vas avoir quand tu t’en iras bosser ailleurs, en mode « Au revoir, Président ». http://www.youtube.com/watch?v=5cMTrCWZe90
    Y a pas de petit plaisir!

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  • Florence

    Très très sympa ! Après que mon mari m’ait suivi il y a 15 ans (aux US comme vous, mais avec encore plus d’obstacles car lui n’attendait rien de l’administration à l’époque, le conjoint n’avait aucun droit de travailler !!) puis en Espagne, c’est moi qui le suis (enfin, nous 5, les 4 enfants et moi…), Mexique, Re-Espagne, et maintenant l’Italie… pas facile du tout, je confirme, plus facile d’être suivi en tout cas 🙂

    Hauts les coeurs, vous avez pris le taureau par les cornes, vous avez bien raison ! De mon côté je vais me replonger dans les études, avec le projet d’unrevirement de carrière beaucoup plus adapté à ma situation de « suiveuse-globe-trotteuse ».

    Je vous suis désormais ! Vos expériences chez les Yankees me rappellent tant de souvenirs. Expériences parfois douloureuses sur le moment mais 15 ans après, c’est la nostalgie qui prime clairement, et puis voyez-vous on y prend goût puisqu’on n’est jamais « rentrés » en France… Comme quoi, quand on a été piqués par le virus, on en redemande. A bientôt !

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  • Expatriation #2 Un terrain semé d’emmerdes d’embûches | Food Etcaetera

    […] à remplir toute cette paperasse! (A ce sujet je t’invite à lire le super article de jetlagandothercomplications qui traite du […]

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